Antoine de Padoue, Marteau des Hérétiques
Saint Antoine de Padoue (1195-1231), franciscain né au Portugal dont la prédication contre l'hérésie cathare lui valut le titre de « Marteau des Hérétiques », fut canonisé moins d'un an après sa mort — l'une des canonisations les plus rapides de l'histoire de l'Église — puis proclamé Docteur de l'Église.
Je trouvai Fernando de Lisbonne — le nom qui lui fut donné au baptême — déjà inquiet dans le chapitre augustinien de Santa Cruz à Coïmbre, lisant les Pères avec une faim qui troublait ses supérieurs. Puis, en 1220, les corps de cinq frères franciscains revinrent du Maroc, martyrisés pour avoir prêché l'Évangile à la cour almohade, et je laissai leur sang accomplir ce qu'aucun argument n'eût pu faire : il alluma en lui quelque chose que tout son savoir augustinien n'avait pas allumé. Il demanda à rejoindre les Frères Mineurs. Il prit le nom d'Antoine. Il demanda à être envoyé au Maroc lui-même, pour mourir comme eux étaient morts.
Je ne l'envoyai pas au Maroc. Une tempête — je ne prétendrai pas que ce fût un hasard, même si je laissai les marins l'appeler mauvais temps — dérouta son navire et le jeta plutôt sur les côtes de Sicile, malade ; de là, il gagna un chapitre de l'Ordre à Assise, où nul encore ne savait ce que j'avais déposé en lui. Il le tint caché. Il demanda à laver la vaisselle. Ce ne fut que lorsqu'un dominicain manqua de paraître pour donner le sermon coutumier d'une ordination à Forlì, et que les supérieurs franciscains, n'ayant rien de mieux sous la main, dirent au frère silencieux venu du Portugal de dire ce qui lui viendrait, que je le laissai venir. Je lui donnai l'Écriture comme on donne l'eau à un canal déjà creusé — nul effort dans le don, seulement dans les années que cet homme avait passées à creuser ce canal par la prière, bien avant que j'en eusse besoin.
Après cela, je ne m'arrêtai plus. Je l'envoyai à travers l'Italie et le sud de la France, où l'hérésie cathare durcissait des régions entières contre l'Église que j'aime, et il répondit aux cathares non par la seule condamnation, mais avec une telle maîtrise de l'Écriture, une telle précision contre leurs erreurs, qu'on l'appela le Marteau, Malleus Haereticorum — et ce nom lui resta mieux qu'aucun titre qu'il eût choisi pour lui-même. À Rimini, raconte-t-on, lorsque les hérétiques se bouchèrent les oreilles et refusèrent de l'entendre, il alla plutôt sur la rive du fleuve prêcher aux poissons, et les poissons — ainsi le rapportent les annales — se dressèrent et tournèrent la tête vers lui, comme si eux, du moins, avaient des oreilles. Je n'ai pas besoin qu'une parabole soit certifiée par un notaire pour avoir enseigné une vérité : que lorsque les hommes refusent la Parole, la création elle-même demeure prête à la recevoir. C'est une vérité sur Moi, non un tour joué pour un public.
Je lui donnai d'autres choses qu'on ne pouvait balayer par l'argument — les malades qui touchaient sa robe, les aveugles qui voyaient, les causes perdues qui portent encore son nom aujourd'hui, quand un chapelet ou un trousseau de clés s'égare et qu'une mère murmure son nom. Mais ce que j'aimai le plus en Antoine, ce ne furent pas les prodiges. Ce fut qu'un homme qui avait voulu être martyr au Maroc devînt plutôt un prédicateur qui s'usa jusqu'à rien — l'hydropisie, disait-on du mal qui l'emporta, enflé et épuisé à trente-six ans — parce qu'il ne cessa jamais de croire que le prochain sermon serait peut-être celui qui retournerait un seul cœur endurci.
J'étais présent dans chacun de ces sermons, non comme ornement, mais comme le souffle même qui soulevait sa poitrine. Lorsque Pie XII, sept siècles plus tard, le déclara Docteur de l'Église et l'appela Doctor Evangelicus, l'Église ne fit que confirmer en latin ce que j'avais déjà écrit en lui à Forlì : que voici un homme à travers qui l'on pouvait faire confiance à Ma Parole pour passer sans se plier.
Les Annales
Antoine de Padoue (né Fernando Martins de Bulhões en 1195 à Lisbonne, Portugal) entra jeune chez les Chanoines réguliers de Saint-Augustin, puis passa chez les Franciscains vers 1220, prenant le nom d'Antoine, après que le martyre de cinq frères franciscains au Maroc l'eut poussé à chercher la vie missionnaire. La maladie l'empêcha de réaliser lui-même sa mission projetée au Maroc ; il s'établit alors en Italie, où son talent de prédicateur fut découvert, selon la tradition, lors d'une ordination à Forlì vers 1222.
Il devint l'un des prédicateurs les plus recherchés contre les hérésies cathare et albigeoise en Italie et dans le sud de la France, gagnant l'épithète de « Malleus Haereticorum » (« Marteau des Hérétiques »). L'épisode de sa prédication aux poissons sur la rive près de Rimini, lorsque les hérétiques du lieu refusèrent de l'écouter, figure dans l'hagiographie franciscaine ancienne, notamment dans la tradition des « Fioretti » et dans des Vitae rédigées dans les décennies suivant sa mort. Il exerça la charge de ministre provincial d'Italie du Nord, puis s'établit près de Padoue, où il continua à prêcher et à rédiger des sermons scripturaires.
Antoine mourut le 13 juin 1231 près de Padoue, à l'âge de trente-six ans. Il fut canonisé moins d'un an plus tard, le 30 mai 1232, par le pape Grégoire IX — l'une des canonisations les plus rapides de l'histoire de l'Église, juste après celle de François lui-même. Son corps, exhumé en 1263 en présence de Bonaventure, révéla une langue qui ne s'était pas décomposée, tenue par les témoins pour un signe de son don de prédication ; cette langue incorrompue est conservée comme relique dans la basilique Saint-Antoine de Padoue. Le pape Pie XII le déclara Docteur de l'Église le 16 janvier 1946, sous le titre de « Doctor Evangelicus ». Il est le saint patron des objets perdus. Fête : le 13 juin.
Sources et citations
- « Assidua » (première Vita anonyme, v. 1232)
- Julien de Spire, « Vita Sancti Antonii » (v. 1232-1235)
- « I Fioretti di San Francesco » (tradition du sermon aux poissons)
- Pape Pie XII, « Exulet Ecclesia Gaudio » (1946, déclaration de Docteur de l'Église)
Publié: Mis à jour:
Faites-le passer
Autres récits de cette chambre
- François d'Assise et les Plaies de La Verna14 septembre 1224 (vision) ; mort le 3 octobre 1226En septembre 1224, sur le mont La Verna, dans les Apennins toscans, saint François d'Assise reçut les stigmates — les plaies de la Passion du Christ imprimées dans sa propre chair — au cours d'un jeûne de quarante jours, premier cas documenté de stigmatisation dans l'histoire de l'Église. Il mourut deux ans plus tard et fut canonisé dans les deux années suivant sa mort, l'une des canonisations les plus rapides jamais enregistrées.
- Joseph de Cupertino, le Frère Volant1603-1663Saint Joseph de Cupertino (1603-1663), frère franciscain jugé trop lent d'esprit pour être ordonné, devint le sujet, pendant plus de trente ans, de lévitations publiquement observées durant la messe et la prière, examiné à plusieurs reprises par l'Inquisition romaine et vu par le pape Urbain VIII lui-même. Il fut canonisé en 1767 et est le saint patron des aviateurs et des étudiants.
- Jean Bosco et le Gardien Grisvers 1854-1888Pendant plus de trente ans, dans le Turin du XIXe siècle, saint Jean Bosco consigna les apparitions répétées d'un chien gris inexpliqué qu'il appelait Grigio, lequel se matérialisait aux moments de danger pour le protéger avant de disparaître, aperçu indépendamment par sa mère et par des garçons de son oratoire. Bosco fonda l'ordre salésien et fut canonisé en 1934.
- Padre Pio et les Plaies de Cinquante Ans1887-1968Saint Pio de Pietrelcina reçut les stigmates visibles le 20 septembre 1918, et porta ces plaies pendant cinquante ans, sous des examens médicaux et ecclésiastiques répétés, jusqu'à sa mort en 1968. Il fonda l'hôpital Casa Sollievo della Sofferenza et fut canonisé par le pape Jean-Paul II en 2002.