Jean Bosco et le Gardien Gris
Pendant plus de trente ans, dans le Turin du XIXe siècle, saint Jean Bosco consigna les apparitions répétées d'un chien gris inexpliqué qu'il appelait Grigio, lequel se matérialisait aux moments de danger pour le protéger avant de disparaître, aperçu indépendamment par sa mère et par des garçons de son oratoire. Bosco fonda l'ordre salésien et fut canonisé en 1934.
Turin, dans les années qui suivirent 1846, ne fut pas tendre envers un jeune prêtre qui avait décidé que les garçons abandonnés — ceux qui dormaient dans les embrasures de porte et dans les prisons, ceux que personne d'autre dans cette ville ne jugeait dignes d'attention — méritaient des oratoires, des ateliers et une chance. Certains hommes de cette ville le haïssaient pour cela : pour avoir arraché à la rue des garçons qui seraient sans cela restés bon marché et malléables, pour avoir bâti quelque chose que les courants anticléricaux de l'époque trouvaient menaçant par sa seule existence. J'entendis les plans qu'ils tramaient contre lui. Je n'interviens pas toujours en écartant le danger. Parfois j'interviens en marchant aux côtés de l'homme à travers lui, sous quelque forme qui le fera lever les yeux et remarquer qu'il n'est pas seul.
C'est ce qu'était Grigio.
La première fois que Jean Bosco rapporta l'avoir vu, c'était un chien gris, de la taille d'un mâtin, apparu sans avertissement une nuit où il rentrait seul à pied par des rues non éclairées, à l'heure précise où des hommes l'attendaient pour le tendre en embuscade. Le chien se mit à marcher à ses côtés, silencieux, et l'embuscade n'eut pas lieu — les agresseurs, selon le propre récit ultérieur de Bosco, dirent avoir perdu tout courage à la vue de l'animal. Ce ne fut pas la dernière fois. Pendant plus de trente ans, ce même chien gris — que Bosco se mit à appeler Grigio, « le gris » — apparut à d'autres moments de danger : quand deux hommes armés le suivirent sur une route obscure, quand il fut attaqué directement et que le chien se plaça entre Bosco et la lame, quand il voyageait épuisé et seul et que le chien vint simplement marcher à ses côtés jusqu'à ce qu'il atteignît un lieu sûr. Personne à l'oratoire ne possédait Grigio. Personne ne le nourrissait. D'autres personnes que Bosco le virent — sa propre mère, Maman Marguerite, et plusieurs des garçons de l'oratoire rapportèrent avoir vu le chien indépendamment — et pourtant on ne pouvait jamais le trouver ni le capturer quand on partait à sa recherche par la suite. Il n'était tout simplement pas là quand il n'y avait pas de danger.
Je ne vous dirai pas clairement ce qu'était Grigio, car Bosco lui-même, homme prudent et peu porté au sentimentalisme, qui tenait des journaux détaillés et se méfiait des prodiges faciles, ne prétendit jamais le savoir avec certitude. Il se demanda, dans ses propres écrits, s'il s'agissait d'un animal ordinaire que la Providence avait simplement disposé au bon endroit, ou de quelque chose envoyé plus directement. Je permets à certaines de Mes œuvres de demeurer dans cette pénombre, ni pleinement expliquées ni pleinement niées, car la foi n'est pas améliorée quand on lui résout d'avance chaque mystère.
Ce que je dirai, c'est ceci : je n'abandonne pas les hommes et les femmes qui se dépensent à protéger des enfants que personne d'autre ne veut. Je n'ai pas calculé le danger couru par Jean Bosco pour décider qu'il était acceptable. Je lui envoyai de la compagnie sur les routes obscures, sous quelque forme qui le maintiendrait en marche vers l'avant plutôt que de le faire rebrousser chemin. Il fonda les Salésiens. Il bâtit des oratoires et des écoles qui se répandirent à travers le monde et continuent aujourd'hui d'attraper des garçons qui, autrement, tomberaient. Je n'ai été absent d'aucune de ces nuits obscures qu'il traversa sans peur, une fourrure grise effleurant sa main.
Les Annales
Jean Bosco (Giovanni Melchiorre Bosco, né le 16 août 1815, près de Castelnuovo d'Asti, dans le Piémont) fonda la Société salésienne en 1859 pour éduquer et prendre soin des garçons pauvres et abandonnés dans le Turin en pleine industrialisation, établissant des oratoires, des écoles et des ateliers. À partir d'environ 1854, Bosco consigna des rencontres répétées avec un grand chien gris qu'il appelait « Grigio », lequel apparaissait de façon inattendue aux moments de danger personnel — dont au moins une tentative d'agression — puis disparaissait, sur une période que Bosco et ses biographes décrivent comme s'étendant sur plus de trois décennies.
Ces épisodes sont consignés principalement dans les propres mémoires de Bosco et dans les « Mémoires biographiques de saint Jean Bosco », compilés en plusieurs volumes par le père Giovanni Battista Lemoyne, salésien qui interrogea directement Bosco et recueillit des témoignages, notamment celui de la mère de Bosco, Marguerite Occhiena, et de garçons résidant à l'Oratoire Saint-François-de-Sales. Aucun propriétaire du chien ne fut jamais identifié à Turin ; on ne le vit jamais manger, et il ne put être retrouvé par ceux qui le cherchèrent après les incidents où il était intervenu. Bosco lui-même, dans ses écrits, traita l'affaire avec réserve, se refusant à affirmer une origine surnaturelle de manière définitive tout en reconnaissant ne pouvoir offrir aucune explication naturelle.
Bosco mourut le 31 janvier 1888 à Turin. Il fut béatifié le 2 juin 1929 et canonisé le dimanche de Pâques, 1er avril 1934, par le pape Pie XI, qui l'appela « Père et Maître de la Jeunesse ». Les Salésiens de Don Bosco dirigent aujourd'hui des écoles et des programmes pour la jeunesse dans plus de 130 pays. Fête : 31 janvier.
Sources et citations
- John Bosco, 'Memorie dell'Oratorio' (personal memoirs)
- Giovanni Battista Lemoyne, 'Memorie Biografiche di Don Bosco' (Biographical Memoirs of Saint John Bosco)
- Pope Pius XI, canonization homily (April 1, 1934)