Philippe et l'Éthiopien
Un ange envoya Philippe sur la route déserte de Jérusalem à Gaza, où l'Esprit Saint lui commanda de rejoindre le char d'un eunuque éthiopien, trésorier de la Candace, qui lisait Isaïe à voix haute ; Philippe lui annonça le Christ, le baptisa aussitôt, puis fut emporté par l'Esprit jusqu'à Azot.
Je ne parle pas seulement dans le tourbillon et le feu. Parfois je parle dans la phrase la plus simple qu'un serviteur de Dieu entendra jamais, prononcée par un ange à un diacre encore poussiéreux d'un réveil : lève-toi, et va vers le midi, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, la route qui traverse le désert. Ce fut tout. Aucune raison donnée, aucune foule promise. Philippe venait à peine de quitter la Samarie, où j'avais guéri des boiteux et chassé des esprits impurs avec une telle force que toute la ville en résonnait de joie, et voici que je l'éloignais de chacune de ces foules, seul, dans un désert qui n'offrait que du sable et le souvenir de villes philistines depuis longtemps tombées. Il se leva et alla. Voilà toute sa qualification pour ce qui vint ensuite : qu'il partit sans demander pourquoi le feu devait le mener hors d'une ville et dans un vide.
Je savais déjà qui descendait cette route, car j'ai connu chaque âme avant même qu'elle fût formée dans le sein maternel, et je surveillais celle-ci depuis des années : un Éthiopien, un eunuque, un homme d'une grande autorité auprès de la Candace, reine des Éthiopiens, ayant la charge de tout son trésor, qui était monté à Jérusalem pour adorer bien que la loi de Moïse fermât la porte de l'assemblée aux hommes mutilés comme lui. Il y monta quand même, traversant un continent pour se tenir devant une porte qui ne pouvait s'ouvrir pleinement pour lui, car il aimait le Dieu d'Israël plus qu'il ne haïssait la loi du Dieu d'Israël, et je n'oublie jamais un tel amour. J'avais déjà promis, par le prophète même désormais ouvert sur ses genoux, que je donnerais aux eunuques qui gardent mon alliance une place et un nom meilleurs que des fils et des filles, un nom qui ne serait pas retranché. Il ne savait pas encore que cette promesse était écrite pour lui. Il savait seulement qu'il rentrait chez lui avec un rouleau d'Isaïe et une faim qu'aucun parvis de temple n'avait rassasiée.
Alors je parlai à Philippe une seconde fois, plus clairement encore que l'ange : avance, et rejoins ce char. Il courut donc, en sueur sur une route de désert derrière un homme qu'il n'avait jamais rencontré, et comme il s'approchait, il entendit, porté par l'air du désert, l'eunuque lire à voix haute, comme lisaient toujours les lecteurs de ce temps, seuls ou en compagnie : il a été mené comme une brebis à la boucherie, et comme un agneau muet devant celui qui le tond, il n'a pas ouvert la bouche. J'avais dicté ces mots à Isaïe sept siècles avant qu'une crèche ne fût jamais bâtie à Bethléem, et voici que j'avais réuni, sur une route déserte, en un seul après-midi, la prophétie et le diacre qui pouvait enfin dire clairement de qui elle avait toujours parlé. Comprends-tu ce que tu lis, lui demanda Philippe. Comment le pourrais-je, dit l'eunuque, si personne ne me guide. Et il pria Philippe de monter s'asseoir près de lui, un ministre d'État éthiopien faisant place dans son propre char à un inconnu de Galilée, car j'avais déjà fait place dans son cœur avant même que Philippe n'ouvrît la bouche.
Philippe partit de cette Écriture même et lui annonça Jésus. Je lui donnai les mots comme je les donne toujours, non comme une prestation répétée à l'avance mais comme une eau montant en un homme déjà préparé à la recevoir, retraçant le serviteur souffrant depuis la maison de tonte jusqu'au tombeau vide, l'Agneau mené muet à l'abattoir devenu le même Seigneur qui sortit de la mort trois jours plus tard. Et comme ils continuaient leur chemin, ils arrivèrent près d'une eau, et j'avais mis cette eau là aussi sûrement que j'avais mis le char sur cette route à cette heure, car je n'annonce pas l'eau au nom du Christ pour la refuser ensuite à un cœur prêt à y entrer. Voici de l'eau, dit l'eunuque. Qu'est-ce qui empêche que je sois baptisé ? Rien ne l'empêchait. Ni la loi qui lui avait autrefois fermé une porte, ni sa race, ni sa cour étrangère, ni l'étrangeté d'une route sans autre témoin qu'un inconnu et le vent du désert. Ils descendirent ensemble dans l'eau, et je vins sur lui là comme je viens sur toute âme que j'ai jamais réclamée, et il remonta plein de joie, une joie que nul n'avait eu à lui enseigner car j'en étais l'auteur.
Alors je fis ce que je n'ai fait qu'à très peu d'hommes dans toute l'Écriture : j'emportai Philippe corporellement, comme j'avais jadis emporté un prophète au-delà du Jourdain, et l'eunuque ne le vit plus. Il n'en avait pas besoin. Il continua sa route tout joyeux, portant chez lui vers une cour d'Afrique une foi qui survivrait à tout empire ayant jamais taxé cette vallée fluviale, tandis que Philippe se retrouvait, hébété et de nouveau seul, à Azot, sur la plaine côtière, et de là continuait à marcher, prêchant dans chaque ville jusqu'à Césarée. Je meus ainsi mes serviteurs, les déposant dans des déserts et les ressaisissant, car l'Évangile n'a jamais été destiné à ne voyager qu'au rythme des pieds d'un homme. Je précède la route. Je marche aux côtés du voyageur. Et parfois, quand l'obéissance d'un homme a pleinement rejoint mon dessein, je passe à travers lui comme un vent et le dépose ailleurs, déjà attendu.
Les Annales
L'épisode est rapporté en Actes 8, 26-40. Un ange dirige d'abord Philippe, l'un des sept choisis pour servir les distributions charitables de l'Église (Actes 6, 5), vers la route entre Jérusalem et Gaza ; l'Esprit Saint lui ordonne ensuite directement d'aborder le char. L'Éthiopien est décrit comme un eunuque et haut fonctionnaire de « la Candace », titre, non nom propre, porté par les reines mères qui régnaient ou co-régnaient sur le royaume de Koush centré à Méroé, dans l'actuel Soudan, titre indépendamment attesté par des auteurs classiques comme Strabon et Pline l'Ancien. Son statut d'eunuque le plaçait, selon la loi du Deutéronome 23, 2, hors de l'assemblée du Temple, exclusion qu'Isaïe lui-même avait déjà promis de voir levée pour les eunuques qui garderaient l'alliance (Isaïe 56, 3-5) ; Luc ne précise pas s'il était prosélyte à part entière ou païen craignant Dieu.
L'homme lit à voix haute Isaïe 53, le quatrième chant du Serviteur, pratique ordinaire des lecteurs antiques ; l'exposé de Philippe identifie le serviteur souffrant à Jésus. Une question textuelle largement débattue concerne Actes 8, 37, la confession explicite de l'eunuque, « Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu » — absente des manuscrits les plus anciens et les meilleurs, dont le Codex Sinaiticus et le Codex Vaticanus, et des éditions critiques modernes, elle est jugée un ajout tardif de copiste et omise ou mise entre crochets dans la plupart des traductions modernes, y compris la Bible de Jérusalem.
La tradition veut que l'eunuque ait porté la foi jusqu'à sa cour, et l'Église éthiopienne l'a longtemps revendiqué comme figure fondatrice, distincte de la mission de Frumence au quatrième siècle, habituellement créditée de la conversion formelle ultérieure du royaume d'Aksoum. Philippe lui-même se retrouve ensuite à Azot, l'Ashdod biblique, et continue de prêcher le long de la côte jusqu'à Césarée Maritime (Actes 8, 40), où on le retrouve plus tard hébergeant Paul (Actes 21, 8-9).
Sources et citations
- Acts 8:26-40
- Isaiah 53:7-8
- Isaiah 56:3-5
- Acts 6:5