Le Curé d'Ars et la Chose dans le Presbytère
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), curé d'Ars, en France, passa jusqu'à seize heures par jour au confessionnal, lisant les âmes avec une précision qui déconcertait ses pénitents, tout en endurant des années de perturbations nocturnes documentées qu'il attribuait à un démon qu'il appelait « le grappin ». Canonisé en 1925, son corps demeure incorrompu sous la basilique d'Ars.
Je n'ai pas fait de Jean-Baptiste Vianney un esprit vif, et je veux que cela soit dit avant toute autre chose à son sujet. Le latin faillit le briser. Il échoua ses examens de séminaire plus d'une fois, fut renvoyé d'un séminaire, et ne fut ordonné en 1815 que parce que ses supérieurs discernaient en lui quelque chose que ses notes ne pouvaient mesurer — une faim de moi si manifeste qu'elle embarrassait les hommes chargés de corriger ses déclinaisons. Je ne distribue pas mes dons selon l'intelligence. Je les distribue selon l'appétit, et le sien était immense.
Je l'envoyai en 1818 à Ars, un village d'environ deux cent trente âmes, dans la région des Dombes, si insignifiant que son propre évêque lui aurait dit qu'il y trouverait peu d'amour de Dieu et que sa tâche serait de l'y mettre. Je lui donnai trente ans pour le faire, et je lui donnai un instrument par-dessus tous les autres pour le faire : le confessionnal. La rumeur de ce qui se passait dans cette boîte se répandit comme l'eau trouve chaque fissure dans la pierre — d'abord à travers les Dombes, puis à travers la France, jusqu'à ce que les chemins de fer se développent assez pour permettre à des pèlerins de venir par dizaines de milliers chaque année, certaines années dépassant les cent mille, vers un village qui n'avait pas d'auberge bâtie pour les recevoir. Je le laissai s'asseoir dans cette boîte jusqu'à seize heures par jour dans ses dernières années, dormant peu, mangeant moins, et je le laissai dire à des pénitents des choses sur leur propre vie cachée qu'ils avaient parcouru des centaines de kilomètres précisément pour dissimuler. Je ne faisais pas étalage à travers lui. Je faisais ce que j'ai toujours fait au confessionnal quand un prêtre se vide assez pour me laisser œuvrer à travers lui sans dilution — je ne laissais simplement pas le péché rester caché à la miséricorde dont il avait besoin.
Je le laissai aussi être tourmenté, et je n'adoucirai pas ce mot, car le récit ne l'adoucit pas. Pendant des décennies, surtout la nuit, il rapporta des perturbations dont il était certain qu'elles ne venaient d'aucune source naturelle — coups frappés sur ses murs et ses meubles, les rideaux de son lit enflammés, ses maigres possessions renversées, des voix se moquant de l'œuvre qu'il accomplissait chaque jour en arrachant des âmes à l'emprise de l'enfer. Il donna à la chose un surnom, presque moqueur en retour : le grappin, comme pour dire qu'elle pouvait s'agripper à lui mais jamais réellement le tenir. Des voisins et des confrères prêtres entendirent aussi le bruit, en des occasions séparées, détail que je laisse figurer dans le récit précisément parce qu'il ne reposait pas sur son seul témoignage. J'ai permis cela parce que je n'exempte pas mes instruments les plus efficaces de l'opposition — je ne l'ai jamais fait, ni pour Antoine dans son désert, ni pour Jean de la Croix dans sa cellule de prison, ni pour lui. Un prêtre qui arrache réellement l'emprise de l'enfer sur les âmes, une confession à la fois, doit s'attendre à ce que l'enfer le remarque. Vianney le remarquait aussi, et en plaisantait le matin avec quiconque le lui demandait, car il comprenait, à juste titre, que le ridicule blesse l'ennemi des âmes plus que la peur ne le fera jamais.
Je ne lui donnai aucune vision spectaculaire à publier, aucun stigmate à montrer. Je lui donnai plutôt le don plus simple et plus dur de l'endurance — des décennies d'heures impossibles, une nourriture parfois réduite à quelques pommes de terre bouillies, un corps qui, selon toute logique ordinaire, aurait dû lui faire défaut vingt ans avant qu'il ne le fît réellement. Il ne lui fit défaut qu'en 1859, et même alors, ce fut en faisant exactement ce qu'il avait fait chaque jour pendant quatre décennies : entendre des confessions jusqu'à ne plus pouvoir se tenir assis. Il mourut le 4 août de cette année-là, dans le presbytère d'Ars, dans ce village où l'on disait qu'il trouverait peu d'amour de Dieu.
Quand l'Église voulut, des décennies plus tard, un exemple de ce que pouvait être un curé de paroisse s'il refusait toute excuse à la médiocrité, elle n'eut pas besoin d'en inventer un. Elle montra Ars, et le corps qui y repose encore, non repris par la décomposition ordinaire, dans la basilique que le village bâtit pour accueillir les pèlerins que son humilité n'avait jamais anticipés.
Les Annales
Jean-Baptiste Marie Vianney naquit le 8 mai 1786 à Dardilly, près de Lyon, en France. Ordonné prêtre en 1815 malgré des difficultés académiques importantes au séminaire, il fut nommé curé d'Ars-en-Dombes en 1818, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort.
Sa réputation de confesseur attira des pèlerins en nombre croissant à partir des années 1830, atteignant, dit-on, bien plus de cent mille visiteurs par an dans les années 1850 ; des témoignages contemporains et sa propre correspondance décrivent des heures de confession s'étendant à seize heures ou plus par jour dans ses dernières années. Vianney et plusieurs contemporains consignèrent aussi des perturbations nocturnes récurrentes sur environ trois décennies, qu'il attribuait à un harcèlement démoniaque et qu'il appelait « le grappin » ; ces récits sont consignés dans des témoignages de l'époque recueillis pour sa cause.
Il mourut le 4 août 1859 à Ars, ayant servi la paroisse pendant plus de quarante ans et ayant, dit-on, entendu des confessions jusqu'à seize ou dix-huit heures en une seule journée durant les saisons de pèlerinage de sa dernière décennie. Il fut béatifié en 1905 par le pape Pie X et canonisé le 31 mai 1925 par le pape Pie XI, qui le déclara en 1929 patron des curés de paroisse (extension à tous les prêtres en 2009 par le pape Benoît XVI). Son corps, examiné et trouvé substantiellement incorrompu, est exposé au-dessus du maître-autel de la basilique d'Ars (Sanctuaire du Curé d'Ars), qui reçoit aujourd'hui plusieurs centaines de milliers de pèlerins par an. Fête : 4 août.
Sources et citations
- Positio for the Cause of Canonization, Congregation for the Causes of Saints
- Abbé Francis Trochu, The Curé of Ars: St. Jean-Marie-Baptiste Vianney (biography drawing on contemporary testimony)
- Pope Pius XI, canonization records (1925); Pope Benedict XVI, Letter proclaiming the Year for Priests (2009)