Martin de Tours et la Moitié du Manteau d'un Soldat
Saint Martin de Tours (316-397), soldat romain devenu moine puis évêque, est surtout resté célèbre pour une nuit d'hiver à Amiens, où il coupa son manteau militaire en deux pour un mendiant transi de froid, et vit en songe le Christ le portant. Il fonda parmi les premiers monastères des Gaules et évangélisa les campagnes.
Je l'ai connu d'abord comme un garçon qui voulait être mien avant même de comprendre ce que cela lui coûterait — fils d'un officier vétéran païen en Pannonie, inscrit comme catéchumène contre la volonté de son père dès l'âge de dix ans, et enrôlé dans la cavalerie romaine à quinze ans parce que la loi de l'empire exigeait que les fils de vétérans servent, qu'ils le veuillent ou non. Martin servit comme soldat pendant des années avant de me servir sous quelque autre forme, et je veux que cela soit dit clairement : je n'attends pas que les circonstances soient commodes pour commencer à œuvrer dans une vie. J'œuvrais dans la sienne alors qu'il portait encore l'uniforme de Rome et l'épée de Rome.
La nuit qui fit de lui un nom que l'histoire garderait vint en hiver, à la porte d'Amiens, probablement vers l'an 334 ou 335. Un mendiant se tenait frissonnant par un temps assez cruel pour que des gens en mourussent, dit-on, et personne, parmi la foule de soldats et de citoyens passant par cette porte, ne s'arrêta pour lui. Martin n'avait rien à donner sinon son manteau militaire, et même celui-ci ne lui appartenait pas entièrement — la moitié en était, selon la coutume de l'armée, propriété de l'État, sa propre part étant la seule dont il pût disposer. Il tira donc son épée, non contre une personne mais contre son propre manteau, le coupa dans le sens de la longueur, et en tendit une moitié au mendiant, gardant l'autre moitié, à demi chaude, pour lui-même. Ce ne fut pas un geste grandiose. Ce fut le seul geste possible pour un homme qui avait déjà donné ce qu'il possédait et ne gardait plus que ce qui n'était même pas à lui de donner.
Cette nuit-là je lui rendis plus que de la laine. Il rêva, et dans ce rêve il me vit — le Christ, portant la demi-cape qu'il avait donnée, disant aux anges qui l'entouraient : Martin, encore catéchumène, m'a revêtu de ce vêtement. Sulpice Sévère, qui connaissait Martin personnellement et écrivit sa vie du vivant même de Martin, rapporta que Martin s'éveilla de ce rêve, chercha aussitôt le baptême, et commença à œuvrer pour obtenir sa libération du service militaire, qu'il obtint finalement en refusant d'accepter une prime de bataille et en se déclarant soldat du Christ plutôt que de César.
Ce que je bâtis à travers lui, par la suite, fut une armée d'une autre sorte. Il rejoignit Hilaire de Poitiers, l'un des grands défenseurs de la foi de Nicée contre les évêques ariens de son temps, et sous la direction d'Hilaire, il fonda ce qui pourrait être le plus ancien monastère des Gaules, à Ligugé, vers 361. Là, puis plus tard sur les falaises de Marmoutier, de l'autre côté de la rivière face à Tours, après que le peuple de cette ville l'eut presque enlevé pour le faire évêque en 371 — on le trouva caché dans une grange parmi des oies, dont le cacardement, dit la tradition, le trahit — il vécut la vie ascétique qu'il désirait depuis l'enfance tout en chevauchant sans cesse, ce qui était inhabituel pour un moine-évêque de son époque, à travers les campagnes païennes de la Gaule rurale, abattant les arbres sacrés, détruisant les sanctuaires et bâtissant des églises à leur place. Sulpice rapporte deux occasions où Martin rendit la vie à des morts par la prière : un catéchumène mort subitement avant son baptême, que Martin ressuscita en s'étendant sur le corps en prière comme Élisée le fit jadis sur le fils de la Sunamite, et un homme trouvé pendu, que la prière de Martin ramena de même au souffle de la vie. Je fais rarement ces choses, et pour des raisons qui sont miennes, mais je ne les fais pas pour des hommes qui n'ont pas d'abord donné leur manteau.
Il mourut à Candes le 8 novembre 397, épuisé d'avoir réglé un différend entre ses propres clercs, et fut enseveli à Tours trois jours plus tard, le 11 novembre — jour que son Église garde encore comme sa fête, car j'ai toujours trouvé plus d'honnêteté dans une date d'ensevelissement que dans l'heure exacte où le souffle s'arrête.
Les Annales
Saint Martin de Tours (né en 316 à Savaria, Pannonie, aujourd'hui Szombathely, Hongrie ; élevé à Pavie, Italie) fut enrôlé dans la cavalerie romaine comme fils d'un officier vétéran. Vers 334-337, à la porte d'Amiens, il partagea son manteau militaire avec un mendiant et connut cette nuit-là une vision du Christ portant la moitié partagée. Cet épisode, comme le reste de sa vie, fut consigné par Sulpice Sévère dans la Vita Sancti Martini, écrite vers 396 alors que Martin vivait encore — ce qui en fait l'une des plus anciennes hagiographies composées du vivant même de son sujet, par un auteur qui l'avait personnellement connu. Martin fut baptisé peu après la vision d'Amiens, quitta le service militaire vers 356, et étudia sous saint Hilaire de Poitiers, l'un des principaux adversaires de l'arianisme. Il fonda le monastère de Ligugé, l'un des plus anciens des Gaules, vers 361, et fut consacré évêque de Tours en 371, rapporte-t-on contre son propre gré. Il fonda l'abbaye de Marmoutier et mena une vaste œuvre missionnaire, détruisant les sanctuaires païens à travers la Gaule rurale. Sulpice Sévère rapporte deux cas de Martin rendant la vie à des morts par la prière. Martin mourut à Candes le 8 novembre 397, et fut enseveli à Tours le 11 novembre, date retenue comme sa fête. La basilique Saint-Martin de Tours devint un grand centre de pèlerinage médiéval, et il demeure patron de la France et des soldats.
Sources et citations
- Sulpice Sévère, Vie de saint Martin de Tours
- Sulpice Sévère, Dialogues et Lettres concernant saint Martin
- Grégoire de Tours, Histoire des Francs (témoignage postérieur sur le culte de Martin)
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