Encyclopédie du Saint-Esprit

Saints et thaumaturges

Le Portier qui Bâtit une Montagne

Saint André Bessette (1845-1937), frère laïc frêle et largement illettré qui passa des décennies à répondre à la porte d'un collège de Montréal, attribua des milliers de guérisons à l'intercession de saint Joseph et, partant d'une petite chapelle de bois, bâtit ce qui devint l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, aujourd'hui le plus grand sanctuaire dédié à saint Joseph au monde. Il fut canonisé en 2010.

Lieu: Saint-Grégoire-d'Iberville and Montreal, Quebec, CanadaÉpoque: 1845–1937

Je n'ai pas choisi un instrument fort en Alfred Bessette, et je veux que cela soit dit clairement avant toute autre chose, car la tentation, devant un saint si aimé, est de lisser à quel point il était improbable. Il était le huitième de douze enfants nés d'un pauvre charpentier québécois et de sa femme, qu'il perdit tous deux avant ses douze ans. Maladif depuis l'enfance, affligé toute sa vie d'un estomac fragile qui gardait à peine la nourriture, et si peu instruit qu'il n'apprit jamais à écrire plus que son nom avec quelque aisance. Il travailla comme valet de ferme, boulanger, aide-forgeron, cordonnier, dérivant d'un emploi à l'autre entre le Québec et les villes-usines de la Nouvelle-Angleterre pendant des années, avant qu'un curé de paroisse, reconnaissant en lui quelque chose que son curriculum ne pouvait montrer, n'écrivît dans sa lettre de recommandation à la Congrégation de Sainte-Croix : Je vous envoie un saint. Je n'ai pas besoin d'hommes impressionnants pour bâtir des choses impressionnantes. J'ai besoin d'hommes disponibles, et Alfred, qui prit le nom d'André en religion, était sans relâche disponible.

La Congrégation, incertaine de quoi faire d'un novice aussi frêle, faillit le renvoyer pour raisons de santé avant sa profession en 1872. Elle lui donna à la place le poste le plus modeste disponible au Collège Notre-Dame de Montréal : portier. Pendant environ quarante ans, il répondit à cette porte — accueillant les visiteurs, faisant des courses, balayant les marches, coupant les cheveux des élèves, une fonction si peu prestigieuse qu'il plaisantait, vers la fin de sa vie, que ses supérieurs lui avaient montré la porte le premier jour, et qu'il y était resté quarante ans. Je veux qu'on comprenne que j'ai choisi ce poste pour lui délibérément. Un portier rencontre tout le monde. Chaque personne malade, désespérée, sans espoir venue chercher de l'aide à ce collège passait d'abord par les mains du frère André, et je bâtis, à travers cette seule et modeste fonction, l'un des grands canaux de guérison de l'Église moderne.

Il avait une dévotion à Joseph le charpentier remontant à sa propre enfance, et il ne laissa jamais, parmi les milliers de guérisons plus tard attribuées à sa prière, personne le lui créditer. Il frottait les malades d'huile provenant d'une lampe brûlant devant une petite statue de Joseph qu'il gardait près de la porte, ou priait simplement avec eux, et disait à chacun d'eux la même chose : ce n'est pas moi qui vous guéris, c'est saint Joseph. Je laissai cette humilité être exactement vraie. J'accomplis ces guérisons par l'intercession de Joseph parce qu'André me le demandait, avec insistance, pendant cinquante ans, sans jamais en prendre un sou, sans jamais revendiquer un don au-delà de la foi ordinaire. Les médecins de Montréal, sceptiques au début et parfois ouvertement hostiles à ce qu'ils considéraient comme une dangereuse superstition populaire grandissant autour d'un moine sans instruction, documentèrent néanmoins cas après cas de guérisons de conditions qui n'avaient pas répondu au traitement.

Dès 1904, les foules venues le voir étaient devenues assez nombreuses pour que ses supérieurs lui permissent de bâtir une petite chapelle de bois sur le flanc du Mont-Royal, en face du collège, pour abriter sa dévotion croissante à Joseph et donner aux pèlerins un lieu de prière qui ne fût pas simplement le seuil d'une école. Je laissai cette première chapelle, modeste comme un appentis, devenir la semence de l'Oratoire Saint-Joseph, et je laissai la collecte de fonds pour son bien plus vaste successeur venir, délibérément, de petites pièces offertes par les pauvres plutôt que de grands dons de riches, car le frère André insistait pour que Joseph, lui-même pauvre ouvrier, voulût qu'on le bâtît ainsi. Au moment de la mort d'André, la grande basilique à dôme s'élevait déjà sur la montagne au-dessus de la ville, inachevée, et elle ne serait complétée que des décennies plus tard — il ne vécut pas assez pour voir le toit se refermer sur l'église qu'il avait commencée.

Il mourut le 6 janvier 1937, à quatre-vingt-onze ans, et je laissai Montréal montrer ce que quarante ans derrière une porte avaient réellement bâti : plus d'un million de personnes, dans le froid amer de l'hiver, défilèrent devant son cercueil au cours d'une semaine, le plus grand cortège funèbre que la ville eût jamais vu, pour prince ou pour pauvre. Le portier qui ne possédait presque rien avait, sans jamais l'avoir voulu, ouvert la porte du plus grand sanctuaire de saint Joseph sur terre.

Les Annales

Alfred Bessette naquit le 9 août 1845 à Saint-Grégoire-d'Iberville, au Québec, et devint orphelin avant ses douze ans. Il entra dans la Congrégation de Sainte-Croix en 1870, prenant le nom religieux d'André, et fut admis à la profession en 1872 malgré une santé chroniquement fragile. Il servit pendant des décennies comme portier du Collège Notre-Dame de Montréal, où il devint connu pour des guérisons qu'il attribuait entièrement à l'intercession de saint Joseph.

En 1904, avec la permission de ses supérieurs, il bâtit une petite chapelle dédiée à saint Joseph sur le Mont-Royal, en face du collège ; celle-ci grandit, à travers des décennies de collecte de fonds provenant en grande partie de petits dons, pour devenir l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, aujourd'hui la plus grande église du Canada et le plus grand sanctuaire dédié à saint Joseph au monde. La construction du dôme de la basilique ne fut achevée qu'en 1967, trente ans après sa mort.

André Bessette mourut le 6 janvier 1937, à Montréal ; on estime qu'un million de personnes défilèrent devant son corps durant la semaine qui suivit sa mort. Il fut béatifié le 23 mai 1982 par le pape Jean-Paul II, et canonisé le 17 octobre 2010 par le pape Benoît XVI. Son cœur est conservé dans un reliquaire à l'Oratoire Saint-Joseph. Fête : 6 janvier (célébrée le 7 janvier dans certaines régions).

Sources et citations

  • Positio for the Cause of Canonization, Congregation for the Causes of Saints
  • Congregation of Holy Cross archives, St. Joseph's Oratory of Mount Royal, Montreal
  • Pope Benedict XVI, canonization homily (October 17, 2010)

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